Le plagiat à la 71e section du Conseil national des universités (Sciences de l’information et de la communication), un aveuglement volontaire

Posté par Jean-Noël Darde

L'AVEUGLEMENT VOLONTAIRE : Béatrice Fleury, aujourd'hui présidente de la 71e section du CNU, propose une "approche heuristique" du plagiat universitaire... En conséquence, elle s'interdit de voir du plagiat dans le texte ci-dessus et de nommer le plagiaire. Ce serait "fait-diversier" ! Pour Brigitte Simonnot, nommer les auteurs de cet article plagiaire, dont l'un a été membre du CNU de 2011 à 2015, ne saurait être que le prétexte à des "règlements de compte et attaques personnelles".

L’AVEUGLEMENT VOLONTAIRE :
Béatrice Fleury, aujourd’hui présidente de la 71e section du CNU, propose une « approche heuristique » du plagiat universitaire… En conséquence, elle s’interdit de voir du plagiat dans le texte ci-dessus et de nommer le plagiaire. Ce serait « fait-diversier » !
Pour Brigitte Simonnot, nommer les auteurs de cet article plagiaire, dont l’un a été membre du CNU de 2011 à 2015, ne saurait être que le prétexte à des « règlements de compte et attaques personnelles ».

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AVANT -PROPOS

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On ne comprendra rien aux déclarations, décisions et articles sur le plagiat universitaire au sein de la 71e section (Sciences de l’Information et de la Communication) si on méconnaît leur contexte si particulier.

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Les membres de la 71e section qui interviennent sur le plagiat universitaire s’interdisent – par mesure de précaution, pour  protéger leurs carrières, ou parce qu’ils sont eux-mêmes les protecteurs de plagiaires – de nommer plagiat ce qui est plagiat et de nommer plagiaire qui est plagiaire.

En témoignent, ces deux articles plagiaires signés par Imad Saleh, membre du Conseil national des universités de 2011 à 2015 [ articles : Meziani-*Magalhaes.Lisbonne-2009 (la source du plagiat), Meziani-*Saleh Ouarzazate-2011 (100% plagiaire) et Meziani-Saleh.iiWAS 2010 (avec surlignages et renvois succincts aux preuves des plagiats) ] : de 2011 à 2015, aucun membre de la 71e section du CNU n’y a vu le moindre plagiat (1).

Imad Saleh a en effet fait valoir en 2011 ces deux articles en tête des « 5 publications caractéristiques de [ses] domaines de spécialité » pour se faire élire à la 71e section du CNU… (on peut par ailleurs s’interroger sur ce qu’a vraiment écrit Imad Saleh de sa propre main dans les 3 autres publications citées).

Ces textes ne pouvant être désignés comme plagiats – serait-ce là un bel exemple de l’ « aveuglement organisationnel » évoqué par David Douyère ? (2) –, ils ne seraient donc que le prétexte à des « règlements de compte et attaques personnelles ». C’est en tous cas ce que défendait en 2014 Brigitte Simonnot bien qu’allusivement, mais sans toutefois laisser place au moindre doute. Béatrice Fleury, élue le 21 novembre dernier présidente de la 71e section du CNU, a semblé partager cette position dans un article publié plus récemment.

En janvier 2011, les sociologues "fait-diversiaient" ! Yves Jeanneret et les membres de la 71e section du CNU, plutôt que couvrir un enseignant-plagiaire, auraient pu, de novembre 2011 à novembre 2015, s'inspirer de l'attitude éthique de leurs collègues sociologues.

En janvier 2011, les sociologues « fait-diversiaient » !
Yves Jeanneret et les membres de la 71e section du CNU, plutôt que couvrir un enseignant-plagiaire, auraient pu, de novembre 2011 à novembre 2015, s’inspirer de l’attitude éthique de leurs collègues sociologues.

L’ « approche heuristique » du plagiat universitaire par Béatrice Fleury lui interdirait en effet, selon l’expression qu’elle adopte dans cet article,  de « fait-diversier », c’est-à-dire, si on comprend bien, d’affirmer que tel plagiat est plagiat et que son « auteur » est un plagiaire, surtout quand il s’agit d’un enseignant-plagiaire.

L’attitude normalement escomptée chez des enseignants-chercheurs – celle des sociologues qui se sont insurgés en 2011 contre le maintien au bureau de la 19e section du CNU d’un enseignant plagiaire « qui n’a plus aucune légitimité pour expertiser les dossiers qui lui sont confiés au CNU » (communiqué du 24 janvier 2011 de l’ASES et l’AFS publié sur le site de Michelle Bergadaà) – tranche avec celle, ouvertement complice, qui a prévalu vis-à-vis des plagiaires au cœur de la 71e section du CNU de 2011 à 2015.

C’est à la lumière de ce contexte très particulier –  la 71e section vit sur une autre planète que la 19e – qu’il faut lire l’article de Brigitte Simonnot paru en 2014 dans le n° 26 de la revue Questions de communication et dont Béatrice Fleury est la codirectrice.

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On trouvera ci-dessous une sorte de droit de réponse à l’article de Brigitte Simonnot, professeur en Sciences de l’Information et de la communication (71e section) à l’Université de Lorraine,  « Le plagiat universitaire, seulement une question d’éthique ?« . Cet auto-droit-de-réponse déborde un peu du cadre, puisqu’il s’accompagne de quelques longues mises au point, longues parce que certains de nos interlocuteurs ont du mal à comprendre. Ce texte, qui analyse aussi le contexte de la publication de cet article dans une revue dirigée par Béatrice Fleury, ne prétend donc pas être un compte-rendu classique de l’article de Brigitte Simonnot et du dossier sur le plagiat qui l’a suivi.

Parler sérieusement de plagiat à la 71e section (Sciences de l’Information et de la Communication) est une gageure. On peut même dire que c’est comme parler de corde dans la maison d’un pendu. Plusieurs articles mis en ligne sur le blog Archéologie du copier-coller le confirment (voir La Commission permanente du Conseil national des universités, le « vide juridique » et la tolérance au plagiat et La culture du plagiat au cœur de la 71e section du CNU : [1] Des comités de sélection, facteurs de contamination) puisqu’on y apprend que tel candidat a réussi à se faire élire à la 71e section du Conseil national des universités (CNU), en 2011, en faisant valoir ses meilleurs  copier-coller.

C’est donc un pari risqué de publier en 2014 un article sur le plagiat dans la revue Questions de communication, revue dirigée par Béatrice Fleury – aujourd’hui,  présidente de la 71e section du CNU – et Jacques Walter. Il faut donc saluer l’audace de Brigitte Simonnot qui s’est frottée au plagiat universitaire dans un contexte si délicat, voire périlleux.

L’article de Brigitte Simonnot est paru dans le n° 26 de Questions de communication, il suit le dossier « La pornographie et son discours ». Nous n’avons malheureusement eu connaissance de ce texte que récemment, à l’occasion de la parution d’un nouveau dossier sur le plagiat paru dans le numéro 27 de la même revue. Ce dossier paru en octobre 2015 est composé de 5 articles. Le premier, Le plagiat, un fait de société ?, de Béatrice Fleury et Jacques Walter, introduit les quatre autres : Une brève histoire de la lutte contre le plagiat dans le monde académique de Michelle Bergadaà, Alertes et chuchotements de Christian Bessy et Francis Chateauraynaud, Par delà le plagiat, les copiés-collés de Nicole Boubée et Penser le plagiat pour mettre en lumière le cadre normatif du régime contemporain des savoirs scientifiques de Florence Piron. Ces articles font écho ou répliquent à celui de Brigitte Simonnot.

Alain Lelu, professeur rattaché à la 71e section, aujourd’hui à la retraite, rendra bientôt compte sur ce blog des aspects les plus significatifs de ce dossier.

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Où va-t-on, si le plagiat est décrié ?

 Brigitte Simonnot a proposé un résumé de son article, ici sur le site de la revue Questions de communication. La première phrase sonne, c’est ici justifié de le dire, « étrangement » : « Le plagiat universitaire est largement décrié, qu’il soit le fait d’étudiants ou d’enseignants-chercheurs. »

Brigitte Simonnot apprécie-t-elle le plagiat contre des avis contraires ? Cette interprétation, logiquement induite par l’emploi du verbe « décrier », serait bien évidemment de mauvaise foi quand Brigitte Simonnot nous parle du « plagiat universitaire largement décrié« . Qui, en effet, pourrait  imaginer qu’une professeur en Sciences de l’information et de la communication apprécie le plagiat chez les étudiants, pis, chez les enseignants-chercheurs ?

Il reste donc seulement à souligner la maladresse manifeste de la formule. Cette maladresse s’explique vraisemblablement par le trouble qui saisit les enseignants-chercheurs de la 71e section dès qu’il s’agit de parler du plagiat. Cette difficulté de parler clairement du plagiat dans la 71e section est souvent liée à une peur légitime de représailles. Je dispose d’exemples documentés des effets de cette peur. Cela concerne d’abord de nombreux maîtres de conférences de la 71e section et plus encore de jeunes docteurs en Info-Com qui envisagent une carrière universitaire. Ce refus de parler franc du plagiat à la 71e section du CNU, incontestablement la plus touchée des 52 sections du CNU par le plagiat de ses enseignants-chercheurs, est par contre l’expression d’une grande lâcheté, quand ce n’est pure et simple complicité, chez ceux qui ne craignent plus grand chose pour leur carrière et chez beaucoup de ceux qui ont choisi de participer aux instances de cette section. Ils auraient dû depuis longtemps faire entendre leurs voix. Pour l’instant, malheureusement, les seuls voix entendues, ou presque, ont été celles qui se portaient au secours d’enseignants-plagiaires.

S’il n’est pas seulement une question d’éthique, il reste que le plagiat est, surtout à l’université, d’abord une question d’éthique. Dans son article, et c’est un des principaux reproches que l’on peut lui faire, Brigitte Simonnot semble avoir singulièrement oublié que l’éthique ne s’accommode pas. Même maladroit dans son expression, le début du résumé de l’article de Brigitte Simonnot annonçait en effet un traitement équilibré entre le plagiat des étudiants et celui des enseignants-chercheurs. Le moins que l’on puisse dire est que cet engagement n’a pas été respecté. Notre texte interroge les raisons de ce silence sur le plagiat des enseignants-plagiaires.

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Sanction pour les étudiants et droit à plagier pour les enseignants-plagiaires de la 71 e section du CNU ?

 Dès la première phrase de son article, « Tout universitaire ayant quelques années d’expérience a déjà été confronté à des cas de plagiat étudiant… « , Brigitte Simonnot nous fait partager son désarroi et la « colère d’un collègue » face aux difficultés rencontrées pour faire sanctionner des étudiants de master, auteurs de plagiats grossiers dans leur mémoire.

« Tout universitaire ayant quelques années d’expérience a déjà été confronté à des cas de plagiat d’enseignants-chercheurs« , aurait pu poursuivre Brigitte Simonnot dans son développement. Mais on ne trouvera nulle trace dans son article d’un quelconque désarroi face à l’impunité dont bénéficient ses collègues enseignants-plagiaires, qui peuvent aussi être directeurs de thèses plagiaires, directeurs de jurys de thèses plagiaires, rapporteurs de thèses plagiaires, simples membres de jurys de thèses plagiaires ou recruteurs de plagiaires, au détriment de candidats non-plagiaires, à l’occasion de Comités de sélection idoines.

Désespérée que l’institution universitaire l’empêche de sanctionner ses étudiants lorrains, Brigitte Simonnot ne conteste par contre jamais dans cet article le droit de plagier accordé à des enseignants-plagiaires de la 71e section par les plus hautes instances universitaires – les présidents de Paris 8 et les Conseils scientifiques de cette université, les membres de la 71e section du Conseil national des universités où on peut tranquillement siéger comme plagiaire, les membres du bureau de la Commission permanente du CNU de 2011 à 2015, et enfin, les ministres et secrétaires d’État successifs de l’Enseignement supérieur et de la Recherche qui ont refusé de saisir l’Inspection générale. L’IGAENR aurait ainsi pu enquêter sur l’organisation de la protection des enseignants-plagiaires et des doctorants-plagiaires à l’université Paris 8, à la 71e section du Conseil national des universités, et jusqu’au bureau de la Commission permanente du CNU (CP-CNU).

Brigitte Simonnot, sans concession pour les étudiants plagiaires (3), ne perçoit pas non plus le problème éthique que pose son choix de siéger à l’occasion– elle n’est qu’une parmi d’autres –  à côté de collègues plagiaires avérés, qu’elle ne peut pas ne pas connaître comme tels, dans des jurys de thèse et d’HDR. Elle aurait dû  réfléchir, une fois encore comme beaucoup à la 71e section, qu’évaluer le travail d’un candidat de concert avec un membre du jury plagiaire multirécidiviste oblige de s’interdire, par simple décence, toute critique, à propos de référencements critiquables, d’emprunts contestables et même de plagiats grossiers du doctorant. Soumettre un projet de contribution à un colloque présidé par un collègue plagiaire qu’elle sait tel, pose aussi le même type de problèmes éthiques.

Brigitte Simonnot participe au système que ces enseignants-plagiaires ont mis en place (répétons le encore, elle est loin d’être la seule à la 71e) et y occupe sa place, certes modeste – beaucoup plus modeste que celle de Sylvie Leleu-Merviel que nous évoquons dans la note 11 – mais suffisante pour la rendre, étrangement, si discrète sur le plagiat des enseignants-plagiaires quand elle communique sur « Le plagiat, pas seulement une question d’éthique« .

Mais Brigitte Simonnot n’est-elle pas aussi, un peu otage ? Au départ, certes un otage volontaire, puisque personne ne l’a obligée à frayer avec des enseignants-plagiaires, mais aujourd’hui un peu otage quand même. Et peut-on reprocher à une otage de s’interdire de parler librement ?

Le Comité de rédaction de la Revue Questions de communication n’aurait-il pas mieux fait de choisir pour écrire sur le plagiat un auteur sans le moindre lien – en terme de jurys, colloques et publications – avec les plus célèbres des enseignants-plagiaires de l’université Paris 8 et de la 71e section ? Nous évoquerons plus précisément le contexte de cette publication dans la dernière partie de cet article. Pour l’instant, notons seulement que Béatrice Fleury, co-directrice de cette revue, a elle-même, comme experte de L’Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (AERES), fait montre d’aveuglement (précisons le, un aveuglement involontaire) aux thèses-plagiaires produites en masse au Laboratoire Paragraphe de l’université Paris 8.

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Vous avez dit étrange ? Comme c’est étrange…

Dans plusieurs allusions transparentes aux articles du blog Archéologie du copier-coller – allusions qu’elle ne contestera que si elle tient à offrir la preuve éclatante de sa mauvaise foi (4) –, Brigitte Simonnot prétend ne voir dans la présentation en contexte de plagiats chez des enseignants-chercheurs sur ce blog, que des « règlements de compte », des « attaques personnelles », voire même du « lynchage ».

Rappelons à ce propos que les plagiats des professeurs Imad Saleh (Paris 8, laboratoire Paragraphe) et Khaldoun Zreik (Paris 8, laboratoire Paragraphe) présentés pour la première fois en septembre 2011 sur le blog Archéologie du copier-coller (voir La 71e section du Conseil National des Universités et la tolérance au plagiat) s’affichaient dans des articles et ouvrages qu’ils faisaient valoir publiquement pour se faire élire au Conseil national des universités. Les électeurs n’auraient donc, selon Brigitte Simonnot, aucun droit de connaître les vrais talents des candidats qui se présentent à leurs suffrages (5).

Hostile à des prétendues « attaques personnelles« , Brigitte Simonnot ne se les interdit pas à notre égard, sous une forme particulièrement fielleuse. Ainsi, dans une partie où elle ne reprend que des choses déjà énoncées sur les logiciels dits « anti-plagiat », elle écrit cette curieuse note de bas de page à la page 228 : « Sur ces logiciels, voir aussi J.-N. Darde (2012), un texte qui, étrangement, présente la particularité de ne recourir à aucune référence bibliographique ».

Ce fiel étrange se déverse à propos d’un article qu’elle cite en bibliographie : DARDE J.-N., 2012, « Les logiciels anti-plagiat : détection ? formation ? prévention ? dissuasion ? », pp. 129-139, in : Guglielmi G. J., Koubi G., dirs, Le plagiat de la recherche scientifique, Paris, Librairie générale de droit et de jurisprudence/Lextenso Éd.

Cet article sur les logiciels anti-plagiat, publié dans les actes du colloque Le plagiat de la recherche scientifique, est en ligne ici, sur le blog Archéologie du copier-coller. Chacun est en mesure d’apprécier si cet article mérite, ou non, l’étrange note de bas de page de Brigitte Simonnot pour commenter nos « étranges » renvois aux articles, ouvrages et documents cités pour appuyer tel ou tel argument ou démonstration qui sont développés dans notre texte à propos des logiciels. Nous n’ennuierons pas plus longtemps nos lecteurs à ce propos, mais si Brigitte Simonnot voulait préciser et égrainer ses griefs à l’encontre de la qualité des références présentes dans cet article, nous nous tenons prêt pour un match sur ce sujet entre notre article et le sien (oublis patents de références aux sources, mention dans sa bibliographie d’articles qu’elle a trop vite lus ou d’ouvrages qu’elle n’a probablement pas ouverts, ou à peine…).

Pour le reste, on ne trouvera dans l’article de Brigitte Simonnot rien de nouveau dans la partie qu’elle consacre aux logiciels dits « anti-plagiat », sinon des redites et quelques manques (6) ;  les propos sur l’auto-plagiat sont convenus ;  et les digressions érudites sur le terme « plagiat » et les travaux de Charles Nodier sont sans grand rapport avec le « plagiat décrié », objet annoncé de son article, tel qu’il est observé chez les étudiants, lorrains ou pas, et les enseignants-chercheurs.

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Trois mises au point pour réponse à trois reproches infondés de Brigitte Simonnot

Brigitte Simonnot fait, p. 224, trois reproches en deux lignes – si elle s’adressait à d’autres qu’à nous, cela ne changerait pas le fond du problème. Il ne faudrait pas traiter du plagiat universitaire en se contentant « d’attaquer nommément des personnes en exposant à titre de preuve document source et document plagié » et de le faire sans traiter du contexte. Reprenons : attaquer nommément des personnes / (probablement lasser ?) en exposant à titre de preuve document source et document plagié / Tout cela, hors contexte. Traitons ces trois griefs au regard du blog Archéologie du copier-coller :

Doit-on nommer les plagiaires ?

Nous avons déjà évoqué cette question dans « Archéologie du ‘copier-coller’ » et la déontologie: peut-on, doit-on nommer les plagiaires ?, mis en ligne en octobre 2010. Brigitte Simonnot aurait dû lire ce texte. Au moins, nous donne-t-elle l’occasion de compéter notre réponse.

Soulignons d’abord l’étrangeté de la situation : après nous avoir fait le reproche p. 224 de préciser les noms d’auteurs d’articles plagiaires – il serait d’ailleurs plus juste de parler seulement de « signataires » –, Brigitte Simonnot nous reproche, personnellement, et « étrangement », quatre pages plus tard, page 228, de prétendus manques dans les références bibliographiques.

Brigitte Simonnot reproche donc d’abord « d’attaquer nommément les personnes » et on retrouve plusieurs occurrences de cette critique dispersées dans son article. On aura rarement vu un reproche aussi peu fondé, absurde même et de parfaite mauvaise foi. Notons que ce reproche sera repris par Béatrice Fleury, sous un mode cependant bien moins agressif, dans son article Le plagiat, fait de société ? du dossier paru dans le n° 27 de Questions de communication. Mais que faudrait-il faire selon elles, et que font-elles ?

En effet, qu’est qu’un plagiaire ? Du moins le type de plagiaires que Brigitte Simonnot reproche que l’on nomme sur le blog Archéologie du copier-coller, ou ailleurs. Les plagiaires que nous nommons sont tous des « auteurs », ou plutôt des signataires de textes qu’ils diffusent et font valoir publiquement sous leur nom, c’est-à-dire en faisant croire qu’ils en sont non seulement les signataires mais aussi les auteurs; jusqu’à, comme nous l’avons vu, les faire valoir pour se faire élire au CNU.

Quand Béatrice Fleury parle très favorablement dans le n° 27 de Questions de communication, de l’article de Brigitte Simonnot paru dans le n° 26, elle cite son nom une multitude de fois. Nous imaginons que Béatrice Fleury l’aurait aussi nommée si elle avait quelques critiques à lui faire (pure hypothèse, elle n’en trouve aucune) et encore nommée si elle avait dû lui reprocher un plagiat (pure hypothèse, juste pour faire avancer la démonstration). En effet, quand on parle d’un texte, on nomme son auteur. Il est extraordinaire qu’il faille le rappeler au professeur Brigitte Simonnot qui pourtant se targue de nous faire la leçon de bien étrange manière à propos de nos références bibliographiques !

Brigitte Simonnot aura aussi certainement remarqué que quand nous parlons de son article, nous la nommons. Nos critiques doivent-elles pour cela être considérées comme des « attaques personnelles » ? Cette accusation est d’autant plus étrange de la part d’une professeure en Sciences de l’Information et de la communication. La rudesse de notre ton est seulement à la mesure des critiques que nous lui adressons, fondées sur des faits attestés et des arguments précis auxquels elle pourra répondre sur ce même blog si elle le souhaite.

Enfin, pour conclure cette partie, nous donnerons trois exemples : l’ouvrage Du plagiat d’Hélène Maurel-Indart (7), le communiqué commun à l’Association des sociologues enseignants du supérieur (ASES) et l’Association française de sociologie (AFS) déjà cité, et le choix du MURS-IS de nommer un plagiaire dans un récent compte rendu d’une réunion de la section Intégrité scientifique du MURS-IS. Ces exemples convaincrons, espérons le, que Brigitte Simonnot use d’un bien mauvais argument.

Brigitte Simonnot, désormais spécialiste du plagiat, paraît ignorer les ouvrages d’Hélène Maurel-Indart, notamment Du plagiat. Si elle avait seulement feuilleté ce dernier, elle se serait rendu compte avec quel soin et précision Maurel-Indart nomme tous les auteurs dont elle évoque les textes. Que ces auteurs soient plagiaires ou plagiés, ou ni plagiaires ni plagiés, vivants ou morts, français ou étrangers. À ma connaissance, les critiques n’ont jamais fait grief à ce livre, devenu un livre de référence sur le plagiat littéraire, d’avoir nommé les plagiaires. Plus encore, quand Brigitte Simonnot lira cet ouvrage, elle se rendra compte qu’à plusieurs occasions, il arrive à Hélène Maurel-Indart, en nommant les auteurs en cause, d’écrire que tel ou tel acquittement obtenu en matière de contrefaçon, ne vaut pas disculpation en matière de plagiat.

Le second exemple est celui déjà mentionné du communiqué commun publié le 24 janvier 2011 par l’Association des Sociologues Enseignants du Supérieur (ASES) et l’Association Française de Sociologie (AFS). Ce communiqué nomme le professeur plagiaire dont les sociologues demandent la démission du CNU.

Enfin le troisième exemple est le plus récent : le 20 octobre dernier, nous avons été invité à parler du plagiat universitaire à une réunion de la section «Intégrité scientifique» du Mouvement Universel de la Responsabilité Scientifique (MURS-IS, voir La tolérance au plagiat et la protection des plagiaires, parmi les causes principales du plagiat universitaire).  Nous avons notamment présenté un cas emblématique qui justifie ce titre, le cas d’Imad Saleh qui concerne à la fois l’université Paris 8 et la 71e section du CNU. Dans le compte rendu de cette réunion diffusé à tous ses membres – dont des universitaires parmi les plus éminents et des membres de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques – les responsables du MURS-IS n’ont vu aucun inconvénient à nommer Imad Saleh (« Jean Noël Darde a évoqué en détail des cas de plagiats, dont celui d’Imad Saleh. Il a exposé les cas de plagiés intègres qui ont lutté pour défendre leurs droits« ). Par ailleurs plusieurs autres intervenants à cette réunion ont bien sûr nommé les chercheurs (français, japonais, etc.) impliqués dans les fraudes scientifiques dont ils évoquaient la nature. Mieux encore, comme le précise le programme, « la présentation de cas réels » précédera les discussions dans 4 ateliers du  premier colloque universitaire en France sur l’intégrité scientifique (colloque organisé par le MURS-IS à l’université de Bordeaux, le 29 janvier 2016).

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Pourquoi est-il nécessaire de mettre en regard, à titre de preuve, le document source et le document plagié ?
Il n’y a pas de meilleure preuve de plagiat textuel que de mettre en vis-à-vis les textes surlignés du document source et du document plagié. Avancer des preuves de ce que l’on dit, c’est d’abord une façon de dire à son lecteur que l’on ne raconte pas n’importe quoi. C’est aussi la seule façon de contrer efficacement les dénis systématiques des plagiaires « manipulateurs » (selon la première des catégories de plagiaires proposées par Michelle Bergadaà), la catégorie de plagiaires à laquelle nous avons eu à faire à l’université Paris 8.
Mais surtout, ces illustrations sont indispensables. En effet, en cas de procès en diffamation lancé par le plagiaire « manipulateur », dont « le déni est sa forteresse » pour reprendre l’expression de Michelle Bergadaà (8), l’accusé de diffamation doit prouver sa bonne foi. Il doit non seulement être en mesure de prouver que le plagiaire qu’il a désigné comme tel est réellement un plagiaire, mais aussi que quand il a porté cette accusation, il était déjà en mesure d’en apporter la preuve. Rien ne vaut donc pour cette raison d’exposer la preuve des plagiats dénoncés.
Brigitte Simonnot trouve étrange de présenter ces preuves irréfutables, alors que c’est le seul moyen disponible afin d’éviter les condamnations dans les multiples procès dont nous avons été menacés ; par les présidents de Paris 8 en premier lieu, Pascal Binczak en 2010 et 2011 et Danielle Tartakowsky en 2014.  En octobre 2011, le président de Paris 8 avait d’abord encouragé Kaldoun Zreik à déposer plainte en diffamation – au moins la moitié de la dizaine d’articles qu’il a tenu à présenter au juge de la 17e chambre du TGI de Paris pour le convaincre de son aura d’enseignant-chercheur… était de grossiers plagiats. Imad Saleh (enseignant-plagiaire),  Patrick Curran (directeur de thèses-plagiaires mises en cause sur ce blog) et Gilles Bernard (ancien Vice-président du Conseil scientifique, membre du jury d’une thèse-plagiaire) attendaient en file un succès de Kaldoun Zreik pour déposer leur plainte à leur tour – leurs avocats payés par l’université Paris 8. Ils ont finalement renoncé après que Kaldoun Zreik aes été si piteusement débouté : dans les attendus du jugement, le juge observait l’incapacité de Kaldoun Zreik d’user correctement des guillemets… y compris dans l’assignation qui nous visait (je mettrai bientôt en ligne sur ce blog l’ensemble des pièces des dossiers des deux parties).
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Traiter le contexte

Notons que pour placer sa critique à notre endroit, Brigitte Simonnot oppose le blog de Michelle Bergadaà, qui a choisi l’anonymisation, au nôtre qui nomme les plagiaires. Elle se félicite de l’un pour mieux critiquer l’autre.

Le blog de Michelle Bergadaà, est le tout premier, dès 2004, a être exclusivement consacré au phénomène spécifique du plagiat dans les universités du monde francophone. Les contextes qui ont conduit à l’ouverture de son site et du nôtre sont très différents. Nos travaux et approches sont aussi différents. Mais, nous en sommes l’un et l’autre d’accord, nos blogs sont complémentaires. Surtout, le choix  de l’anonymisation des cas présentés sur le site de Michelle Bergadaà, tout à fait légitime, ne met aucunement en cause la légitimité de notre choix de nommer les « auteurs » des textes plagiaires évoqués sur le blog Archéologie du copier-coller. Ces choix différents, mais aussi légitimes et justifiés l’un et l’autre, correspondent à deux situations distinctes.

Le site de Michelle Bergadaà a été ouvert dans le cadre de ses recherches liées à ses fonctions à l’université de Genève. Ce site est mise en ligne dans le cadre de cette université comme son adresse web en atteste : http://responsable.unige. Le contenu de ce site engage donc la responsabilité de l’université dont la direction a souhaité cette anonymisation des cas qui concernent non seulement la Suisse mais plusieurs pays européens, dont la France pour une grande part. La Suisse, neutre, a choisi l’anonymisation.

Nous avons collaboré avec le site de Michelle Bergadaà dès 2006  et n’avons ouvert le blog Archéologie du copier-coller qu’au début de l’année 2010. Nous avions tenté en vain pendant plus de quatre ans, depuis septembre 2005, sans le faire publiquement et dans le strict respect de l’ordre hiérarchique, de faire cesser la production massive de plagiats dans les mémoires du master Numérique : Enjeux et Technologies (NET) et les thèses du Laboratoire Paragraphe.

Brigitte Simonnot n’a probablement pas lu avec assez de soin les articles du blog Archéologie du copier-coller qu’elle critique. Les contextes dans lesquels on observe des plagiats et des plagiaires protégés, notamment les enseignants-plagiaires, sont  présentés de manière très détaillée. Ceci d’autant plus que dans la grande majorité des cas nous insistons sur la protection dont bénéficient les plagiaires, encore plus scandaleuse que les plagiats eux-mêmes. Notre légitime choix de ne pas anonymiser permet de rendre compte de ces contextes avec une meilleure précision.

Ajoutons encore que si Brigitte Simonnot avait vraiment lu les articles de notre blog qu’elle dénigre, elle y aurait vu régulièrement nos réflexions qui aboutissent à des propositions très argumentées et concrètes. Mises en application, elles aideraient à limiter le fléau du plagiat à l’université. Pour une part, nos propositions rejoignent celles de Michelle Bergadaà exposées sur http://responsable.unige et pour une autre part, elles sont originales.

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Les plagiaires « manipulateurs » que Brigitte Simonnot ne veut pas reconnaître

Notre sort réglé en une seule phrase, la sollicitude de Brigitte Simonnot vis-à-vis du travail de Michelle Bergadaà cesse rapidement. Brigitte Simonnot trouve même « un peu sommaire » la typologie des plagiaires proposée par M. Bergadaà dans plusieurs articles. On a le droit de discuter des facteurs choisis par Michelle Bergadaà pour établir les classes de sa typologie, de les contester et d’affirmer préférer une autre approche avec d’autres critères. Notons cependant que la première des quatre classes d’universitaires « plagieurs » (9) de la typologie proposée par M. Bergadaa, « le manipulateur bien intégré dans le système, sans véritable sens moral, qui crie au complot lorsque des dénonciations le visent« , selon le résumé-express de Brigitte Simonnot, décrit  parfaitement les enseignants-plagiaires de la 71e section que Brigitte Simonnot fait semblant de ne pas connaître. Ce n’est pas faire injure à David Douyère de le dire. Ce dernier est l’auteur de « Le plagiat à l’université, un “aveuglement organisationnel” ? », un article dont Brigitte Simonnot préfère l’approche à celle de Michelle Bergadaà.
Michelle Bergadaà a présenté cette typologie à plusieurs occasions. Dans son dernier ouvrage « Le plagiat académique, comprendre pour agir » le chapitre 3 (pp. 111-144) lui est consacré : « Profils de plagieurs et besoin de normes« . À une question sur la stratégie de défense du plagieur « manipulateur », Michelle Bergadaà répond : « Le déni est sa forteresse« , pile-poil l’attitude des enseignants-plagiaires de la 71e section à l’université Paris 8.
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L’ARTICLE DE BRIGITTE SIMONNOT ET SON CONTEXTE

L’article de Brigitte Simonnot a été publié en 2014 dans la revue codirigée par Béatrice Fleury. Cette dernière s’est présentée aux élections du CNU de septembre 2015 à la tête de la liste «  »Pour la qualité de l’enseignement et de la recherche en SIC ». Le 21 novembre 2015, Béatrice Fleury a été élue présidente de la 71e section du CNU.

La liste « Pour la qualité… » a largement distancé les 5 autres listes et a ainsi obtenu 3 élus alors que les autres n’en ont obtenu qu’un seul. Une comparaison des résultats de 2011 et de 2015, liste par liste, confirme que celle menée par Béatrice Fleury a récupéré en 2015 l’essentiel des voix qui s’étaient portées en 2011 sur la liste SGEN d’Yves Jeanneret permettant à ce dernier d’être élu président de la 71e section du CNU.

Le report des voix « Jeanneret » sur la liste « Fleury » doit certainement beaucoup au satisfecit accordé dans la profession de foi de la liste Fleury à la précédente mandature (« Nous veillerons à développer les conditions d’un examen impartial et rigoureux des dossiers soumis au CNU. Si cette préoccupation a été celle de la précédente mandature, nous resterons vigilants et ferons en sorte qu’elle soit poursuivie« ). Cet hommage rendu à l’équipe de son prédécesseur était pourtant d’autant plus surprenant que, comme président de la 71e section du CNU,  Yves Jeanneret avait activement soutenu les deux plus célèbres des enseignants-plagiaires de la 71e section (voir « La Commission permanente du Conseil national des universités, le « vide juridique » et la tolérance au plagiat »  « La culture du plagiat au cœur de la 71e section du CNU : [1] Des comités de sélection, facteurs de contamination »). Cette attitude condamnable a été appuyée par une majorité des membres de la communauté des enseignants-chercheurs de cette section (nous avons déjà dans l’avant-propos de cet article comparé l’attitude des membres de la 71e section du CNU à celle des sociologues qui s’étaient élevés contre le bureau de la 19e section qui protégeait un de ses membres plagiaires. On retiendra notamment du communiqué des sociologues cette évidence : un plagiaire « n’a plus aucune légitimité pour expertiser les dossiers qui lui sont confiés au CNU« ).

En septembre 2015, au cours des élections du CNU, une bonne part des électeurs de la liste de Béatrice Fleury ont de toute évidence estimé que cette liste offrirait les garanties que la question des enseignants-plagiaires de la 71e section ne serait pas plus évoquée après 2015 qu’elle ne l’avait été par le CNU entre 2011 et 2015. Comme le prouvait l’article de Brigitte Simonnot paru dans la revue Questions de communication, on peut continuer à écrire doctement sur le plagiat à l’université sans savoir reconnaître le plagiat, tout en faisant l’impasse sur le problème des enseignants-plagiaires.

Le dossier plagiat du n° 27 de la revue Questions de communication : un changement de donne ?

Les élections du CNU se sont déroulées du 15 septembre au 15 octobre. Quand le dossier plagiat du n° 27 de la revue Questions de communications est paru, peu avant le 10 octobre, l’essentiel des suffrages avait déjà été exprimés. Les auteurs de ce dossier commentaient l’article de Brigitte Simonnot ou lui répliquaient.

Le premier article, signé par Béatrice Fleury et Jacques Walter, Le plagiat, un fait de société ?, ouvre et présente le dossier : « Tous [les contributeurs du dossier] accordent à ce thème [le plagiat universitaire] une actualité scientifique qui dépasse son caractère « fait-diversier ». Les points de vue sont regroupés autour de deux sections – « Le plagiat au prisme de l’évolution organisationnelle », « Quelles solutions pour quels maux ? » – éloignées de tout caractère polémique. Ils mettent à l’ordre du jour une approche heuristique qui légitime le sujet sous un angle académique sans pour autant renoncer à la part d’engagement qui le constitue« .

On aura compris que Béatrice Fleury préfère encore parler de plagiat hors-sol plutôt que « fait-diversier ». Elle se refuse toujours à évoquer les plagiats d’enseignants-plagiaires pour mieux éviter les sujets « à caractère polémique« . Il n’empêche que Béatrice Fleury se prononce en la matière d’une façon plus mesurée que Brigitte Simonnot : les « règlements de compte et attaques personnelles » y deviennent ainsi des propensions à « fait-diversier ».

Mais l’important dans ce dossier n’est pas là, il est d’abord dans la décision de Béatrice Fleury de laisser toute liberté à Michelle Bergadaà de présenter « Une brève histoire de la lutte contre le plagiat dans le monde académique ». Cette dernière y remet, sans aucune ambiguïté, les choses en place. En effet, si cette Brève histoire… n’avait pas vocation à traiter spécifiquement du plagiat chez les enseignants-chercheurs de la 71e section, leur cas est cependant indirectement évoqué à travers une présentation de l’origine du blog Archéologie du copier-coller. En outre, les initiateurs de ce dossier, Béatrice Fleury et Jacques Walter, avaient invité un économiste, Frédéric Bessy et un sociologue, Francis Chateauraynaud qui signent « Alertes et chuchotements », une approche originale du plagiat comme pratique déviante et prédatrice. Leur article commence par un salutaire éclairage sur l’attitude de déni et le cynisme des plagiaires.

Béatrice Fleury a pour elle d’être toujours restée à l’écart du système mis en place par les enseignants-plagiaires du laboratoire Paragraphe. Elle n’a jamais collaboré à des ouvrages sous le contrôle des enseignants-plagiaires-éditeurs de Paris 8 (10). Elle ne doit donc rien de son curriculum vitae et de sa carrière aux enseignants-plagiaires-éditeurs de la 71e section, ni à leurs soutiens.

Brigitte Simonnot elle-même n’est pas à l’abri d’un revirement sur la question. Elle interviendra le 3 décembre 2015 à l’IUT Jean Luthier de l’université de Tours lors d’une une journée d’étude « Communication et plagiat » organisée sous la direction de David Douyère, professeur en sciences de l’Information et de la Communication. Hélène Maurel-Indart (plagiat.net) et Michelle Bergadaà (http://responsable.unige.ch) y interviendront aussi. La présentation de la communication de Brigitte Simonnot est la suivante : « Dans l’enseignement supérieur et la recherche, les manifestations du plagiat suscitent une indignation d’une intensité variable selon qu’il s’agit de pratiques étudiantes ou de celles de chercheurs. Quel ordre le plagiat contribue-t-il à rompre dans ce contexte et pourquoi la communication autour de ces phénomènes reste-t-elle difficile ? ». Cette intervention semble indiquer une prise de conscience de la part de Brigitte Simonnot au sujet des problèmes spécifiques posés par le plagiat chez les enseignants-chercheurs. Aurait-elle compris que, comme une universitaire digne de ce nom, elle devrait se soucier plus encore des plagiats des enseignants-chercheurs que ceux des étudiants en master, les premiers étant infiniment plus graves que les seconds ? On le saura le 3 décembre selon les réponses qu’elle donnera à ses questions  (10 bis).

À NOUVEAU, LE MINISTÈRE DE L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET DE LA RECHERCHE CHOISIT D’APPUYER LE PARTI DU PLAGIAT

Face à ces quelques indices d’une évolution positive dans l’approche du problème des enseignants-plagiaires de la 71e section du CNU, le parti du plagiat s’est mobilisé pour la contrer. Dans cette perspective, la nomination de Sylvie Leleu-Merviel (11) à la 71e section du CNU dans le contingent réservé au ministère n’a pu que réjouir les enseignants-plagiaires. Aussitôt nommée au CNU, Sylvie Leleu-Merviel, très proche d’enseignants-plagiaires, s’est présentée à la présidence de la section. Elle n’a échoué que de peu dans son projet, faisant ainsi la preuve que la 71e section du CNU est incontestablement gangrénée (12) par la protection organisée dont bénéficient aujourd’hui encore ses enseignants-plagiaires.

Les nouveaux élus à la 71e section du CNU ont 4 ans pour remédier à la déplorable réputation de cette section. Il leur faudra le courage qui a tant manqué à l’équipe de la direction précédente, mais aussi souhaiter que le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche cesse d’intervenir pour soutenir les enseignants-plagiaires.

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NOTES :

(1) Cet article (voir fichier pdf joint) soumis au logiciel dit « anti-plagiat » Compilatio, on obtient 31% de « similitudes » avec des textes en ligne sur Internet. Mais si on joue et tâtonne avec Google, c’est presque l’article entier qui apparaît issu de copier-coller. Les phrases de cet article lancées sur Google donnent facilement accès à des textes rédigés antérieurement par d’autres auteurs. D’abord presque distrayante, l’opération devient cependant assez vite lassante. La version surlignée de cet article (Meziani-Saleh, iiWAS 2010 : fichier pdf surligné) ne présente donc pas un travail complètement abouti. Notons aussi que cet article, comme d’autres des ses textes plagiaires  évoqués sur le blog Archéologie du copier-coller, figure toujours dans des bibliographies en ligne d’Imad Saleh (liens consultés le 30/11/2015 : http://www.imadsaleh.info/index.php/cv-fr/9-non-categorise (fichier pdf, icihttp://dblp.uni-trier.de/pers/hd/s/Saleh:Imad,  etc.).

(2) David Douyère,  « Le plagiat à l’université, un “aveuglement organisationnel” ? », communication présentée le 20 octobre 2011 au colloque Le plagiat de la recherche scientifique. Actes publiés sous la direction de G. Guglielmi et G. Koubi, avec la collaboration de J.N. Darde, H. Maurel-Indart et M. Touzeil-Divina. (Paris, Librairie générale de droit et de jurisprudence/Lextenso Éd. 2012).

(3) Sous l’intitulé « RIGUEUR SOIT et sans dérogation ! Khaldoun Zreik, enseignant-plagiaire, s’adressait ainsi le 30 janvier 2010 à Imad Saleh, autre enseignant-plagiaire, dans un mail envoyé en copie aux 20 enseignants du département Hypermedia de l’université Paris 8 : « Personne ne peut s’opposer à la rigueur, donc il faut la rigueur soit maintenue sans aucune dérogation aussi bien côté étudiant qu’enseignant. Si plagiat était prouvé, les étudiants devraient être sanctionnés sinon cela serait de la diffamation et on devrait assumer sa responsabilité ! (sic)» .

(4) Brigitte Simonnot ne saurait parler ici d’autre blog qu’Archéologie du copier-coller. En effet, puisqu’à part le site de Michelle Bergadaà qu’elle n’évoque que pour le comparer au nôtre, il n’y a d’autres blogs connus dans ce domaine que www.plagiat.net d’Hélène Maurel-Indart, ouvert en 2001, et http://www.redactionmedicale.typepad.com, le blog d’Hervé Maisonneuve. Le blog d’H. Maurel-Indart, sans snober le plagiat universitaire, traite surtout de plagiat dans le cadre d’une réflexion sur la création littéraire et celui d’Hervé Maisonneuve s’intéresse d’abord au plagiat dans les revues médicales. Notons aussi que www.plagiat.net (qui tente ces derniers mois de régler quelques problèmes techniques), responsable.unige.ch/ et http://www.redactionmedicale.typepad.com commentent régulièrement les articles mis en ligne sur Archéologie du copier coller.

(5)  Ajoutons que le texte où nous mettions en cause Khaldoun Zreik et Imad Saleh, mis en ligne en septembre 2011, avait été suivi d’un interview publié dans l’AEF, une agence spécialisée dans les domaines de l’enseignement et de la recherche. Ceci nous avait valu, quelques jours après, une longue et très aimable conversation téléphonique avec le Professeur Didier Houssin, à son initiative. Au cours de cet échange, le président de l’AERES ne s’est jamais dit choqué de voir cité les noms des signataires d’articles et d’ouvrages plagiaires diffusés publiquement.

(6) Dans leur article Alertes et chuchotements du dossier Plagiat du n° 27 de Questions de communication, Christian Bessy et Francis Chateauraynaud, cite le même article, mais cette fois de manière honnête et utile.

(7) Hélène Maurel-Indart, Du plagiat, Éditions Gallimard (2011). Le plagiat académique, comprendre pour agir. Éditions L’Harmattan (2015).

(8) Le plagiat académique, comprendre pour agir. Éditions L’Harmattan (2015). Nous rendrons compte prochainement de l’ouvrage de Michelle Bergadaà sur le blog Archéologie du copier-coller.

(9) Michelle Bergadaà préfère le terme de « plagieur », comme « voleur », à celui de « plagiaire ». Il s’agit pour elle de mieux « distinguer le délinquant ». Le terme « reflète le mieux la démarche de l’acteur conscient de ses actes » (Rapport de la Commission Ethique-plagiat, Université de Genève, 2008; p. 13).

(10) Béatrice Fleury a cependant conduit en février 2008 l’évaluation AERES (Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur) du laboratoire Paragraphe sans jamais rien soupçonner de l’importante production de thèses plagiaires à cette époque, comme en témoigne le rapport AERES, ici en fichier pdf. Dans son rapport, Béatrice Fleury renvoie aux 32 thèses soutenues au cours du quadriennal précédent, c’est-à-dire depuis 2004, l’année ou Imad Saleh est resté seul à la direction du Laboratoire Paragraphe. Béatrice Fleury et les autres experts – 3 membres de la 71e section et un psychologue  – ont dénombré ces thèses sans jamais s’interroger sur leur nature. Pour une fraction de ces 32 thèses, les seuls noms de leurs directeurs en garantissent le sérieux. Ce n’est pas le cas pour d’autres thèses, dirigées par d’autres directeurs, parmi lesquelles on observe un taux anormalement élevé de thèses-plagiaires, dont les plagiats ont déjà été documentés pour trois d’entre elles.

Seule une étude plus détaillée et systématique permettrait de confirmer ou d’infirmer l’hypothèse, fondée sur des indices sérieux, d’une véritable filière de production de thèses plagiaires au sein du laboratoire Paragraphe de l’université Paris 8 au cours de la période concernée par l’évaluation AERES dirigée par Brigitte Fleury. L’hypothèse d’un « aveuglement volontaire » de Béatrice Fleury est ici totalement exclu. Par contre, il apparaît que les experts de l’AERES ne se sont pas donnés les moyens d’une expertise sérieuse, ou plutôt, n’avaient pas les moyens lors d’une visite d’une journée d’expertiser avec sérieux le laboratoire Paragraphe. La déontologie voudrait que l’on s’abstienne de toute expertise et de rendre des conclusions discutables quand les bonnes conditions d’expertise ne sont pas remplies.

Notons encore que pour une thèse-plagiaire soutenue en juillet 2006, qui fait donc partie du lot des 32 thèses dénombrées dans l’expertise AERES conduite par Béatrice Fleury, nous avons apporté les preuves irréfutables qu’Imad Saleh a autorisé la soutenance de cette thèse au Laboratoire Paragraphe alors qu’il avait été informé moins de deux mois auparavant que le doctorant s’était inscrit en thèse grâce à un mémoire de master à près de 100% plagié. Imad Saleh s’était personnellement opposé (vote du 18 mai 2006 à une réunion du département Hypermedia de Paris 8) à notre proposition d’ouvrir une procédure pour annuler ce diplôme de master et cette inscription en thèse (voir Thèse-plagiat : le sixième juré et les félicitations et L’université Paris 8, sa direction, sa Commission déontologie et sa thèse-pur-plagiat écrite « sous le signe de l’excellence ». Il n’existe pas de prescription en matière disciplinaire pour une thèse plagiaire et la complicité à ce propos. Si bien que cette thèse plagiaire attend toujours la procédure qui devrait conduire à son annulation ainsi qu’à la poursuite disciplinaire de ceux qui l’ont laissé soutenir et valider en connaissance de cause.

(10 bis) Ajouté le 17 décembre 2015. La communication de Brigitte Simonnot a été décevante et sans le moindre lien, ou si peu, avec ce qu’annonçait son intitulé. Elle n’a été qu’une nouvelle illustration d’un certain discours sur le plagiat à l’université qui accumule, sans grand souci de cohérence, les « références scientifiques », pour ne rien dire qui puisse fâcher quiconque, et surtout pas les plagiaires. Dans un texte lu en introduction de son intervention à cette même journée-étude de Tours, Hélène Maurel-Indart avait bien cerné le problème, celui du plagiat devenu un thème de recherche académique, pour éviter parfois de parler des plagiats et des plagiaires : « En parler, l’écrire, en faire un filon académique sous couvert d’un appareillage bibliographique de seconde main, voilà le risque pour l’avenir » (Ce court texte d’Hélène Maurel-Indart, « Le plagiat universitaire s’institutionnalise comme thématique de recherche universitaire » est sur http://leplagiat.net/?m=201512).

(11)  Sans mettre le moins du monde en question la qualité de ses interventions (communications aux colloques, publications, etc.), on ne saurait dire de Sylvie Leleu-Merviel ce que nous avons souligné à propos de Béatrice Fleury. Sylvie Leleu-Merviel doit beaucoup aux enseignants-plagiaires-éditeurs du laboratoire Paragraphe. Elle est par ailleurs, à l’occasion des élections au CNU, un pilier de la liste Action et interaction. Cette liste, conduite en 2011 par un enseignant-plagiaire, en comptait plusieurs dans sa version 2015. On trouve régulièrement sur les versions successives de cette liste des directeurs de thèses peu regardants sur les plagiats de leurs doctorants.

(12) Le terme est fort mais justifié (il était déjà employé dans le dossier de Philippe Jacqué « Pourquoi le plagiat gangrène-t-il l’université ?« , paru dans Le Monde daté du 10 novembre 2010). Le cas suivant illustre les chemins du pourrissement : une thèse avec de larges passages grossièrement plagiés a permis à ce docteur de se faire qualifier et de devenir Maître de conférences de la 71e section ; au début de l’aventure, il y a son directeur de thèse (qui n’est pas de Paris 8), professeur habitué des thèses plagiaires (dans ce cas comme directeur, plus souvent comme membre de jurys). L’un et l’autre, comme maître de conférences et professeur, ont déjà été candidats sur la liste idoine aux élections de la 71e section du CNU…

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4 réponses to “Le plagiat à la 71e section du Conseil national des universités (Sciences de l’information et de la communication), un aveuglement volontaire”

  1. Paulo de CARVALHO est professeur émérite [Bordeaux Montaigne (Bordeaux 3), linguistique et grammaire latine].
    Après force lectures et relectures, le texte de Mme. Simonnot m’apparaît décevant. Il est typique d’une certaine attitude assez courante dans divers domaines de notre société, celle, finalement assez confortable, du savant, ou plutôt, du “sachant” qui, plus malin que le commun des mortels, retranché derrière l’objectivité de son savoir, fait la leçon à tout le monde, refuse de s’indigner et surtout d’aller attacher le grelot à la queue du chat. Cette attitude se manifeste, d’emblée, dès le résumé : 1. par le choix d’une tournure passive, 2. par le choix du verbe décrier, laissant entendre que l’énonciatrice ne s’associe pas à l’opération désignée, et, enfin, 3. par la référence, curieusement abstraite, à la “lutte contre le plagiat”, comme si l’énonciatrice, pure observatrice, ne s’y sentait pas impliquée. Comme on la comprend …
    Ainsi, à en croire Mme Simonnot, avant d’être, si tant est qu’il le soit, un fait relevant de la responsabilité d’une personne, moralement condamnable et pénalement punissable — autrement dit, une fraude, mot qui n’apparaît jamais dans ce texte, sinon, une unique fois, sous la forme atténuée d’un dérivé, définissant un cas particulier—, le plagiat ne serait qu’un phénomène – comme la pluie ou le beau temps, en somme–, une pratique sociale, au demeurant, si l’on comprend bien, pas si générale que cela (« l’ampleur qu’aurait pris le plagiat universitaire », p. 230) — qui demande à être comprise, étudiée, quantifiée, catégorisée, en somme traitée, traitement valant ici quasiment absolution.

    Enfin, que vient faire ici le brave Charles Nodier, qui ne connaissait pas le copier-coller – et au demeurant vrai expert ès supercheries en tous genres, si l’on en croit le compte-rendu par D. Sangsue de l’édition, parue en 2003, de ses Questions de littérature légale. Du plagiat, de la supposition d’auteurs, des supercheries qui ont rapport aux livres ? À l’époque de Nodier, en tout cas, plagier requérait au moins beaucoup de recherche en bibliothèque, beaucoup de travail manuel et intellectuel, beaucoup de matière grise…

    Non, le plagiat n’est pas une peccadille, une faute vénielle, dont il faudrait détourner les étudiants, par les moyens techniques appropriés. Commis par des chercheurs, c’est du vol – vol du travail et de la propriété intellectuelle d’autrui, relevant de ce fait de la justice pénale. À ce titre il doit être, d’abord et avant tout, dénoncé sans faiblir par les universitaires responsables, gardiens et garants de la probité académique, et sanctionné par les instances universitaires, voire par les pouvoirs publics, jusqu’ici singulièrement discrets en la matière.

     

    Paulo de Carvalho

  2. Serge Bottari est médecin hospitalo-universitaire, chercheur à l’INSERM et à la Faculté de Médecine de Grenoble
    Merci d’attirer notre attention sur cette nouvelle péripétie de la 71e qui illustre bien la gravité du problème.
    Il me semble, et j’en ai fait part à nos instances dirigeantes, que la CPU devrait se saisir de la question et faire pression sur le ministère pour obtenir la mise en place de mesures permettant de lutter efficacement contre ce fléau et surtout contre ceux qui le défendent et le propagent.

    Rep. Jean-Noël Darde : J’ai saisi, en vain, la 71e section du CNU et le précédent bureau de la CPCNU. J’ai aussi demandé, en vain, que le ministère saisisse l’Inspection générale (I.G.A.E.N.R.). Il n’y a malheureusement plus rien à attendre du ministère où les enseignants plagiaires « Paris 8 & 71e section » bénéficient d’importants soutiens. En témoigne la dernière péripétie à l’occasion de l’élection à la 71e section du CNU évoquée dans cet article.
    La CPU ? Le précédent président de la CPU n’a rien fait contre le plagiat, sinon des déclarations, mais le nouveau président, Jean-Loup Salzmann, président de l’université Paris 13, semble sensible au problème. Il interviendra d’ailleurs le 29 janvier au colloque co-organisé par le MURS-IS et la CPU évoqué dans cet article (http://edshs.meshs.fr/a-noter/ProgrammeCPU.pdf).
    Il faut d’ailleurs noter que les chercheurs hospitaliers et les biologistes ont été les premiers à s’intéresser avec sérieux à l’intégrité scientifique [création du Mouvement universel de la responsabilité scientifique (MURS), en 1974, longtemps présidé par Jean Dausset). Dans ces domaines, la fraude a en effet infiniment plus de conséquences que dans les articles en Sciences de l’Information et de la communication, de plus en plus souvent publiés pour garnir un cv plutôt que pour être vraiment lus.

     

    Serge Bottari

  3. Ahmed ROUADJIA est Professeur d’histoire moderne et contemporaine à l’Université de Msila (Algérie)
    Je remercie, derechef, mon collègue Darde de ce travail constant contre les complaisances vis-à-vis des plagiaires de certains responsables universitaires, ici et là, qui ferment les yeux sur le pillage des biens d’autrui… la nouvelle péripétie de la 71e section qu’il vient de nous mettre sous les yeux atteste du progrès de ce pillage éhonté…Merci encore.

     

    Rouadjia Ahmed

  4. Yasmina Khayour est titulaire d’une thèse de doctorat en Histoire de la Philosophie délivrée en 2013 par une Université suisse-romande.
    Je consulte votre excellent blog depuis plusieurs mois déjà et tiens à vous témoigner mon admiration quant à l’œuvre de salubrité publique que vous avez entreprise ici-même, ce avec une constance et un courage d’autant admirables qu’ils naviguent par vent contraire.

    Si vous me le permettez, je souhaiterais aborder une question, implicitement traitée par nombre de vos articles ou des commentaires laissés par les différents intervenants de cette plateforme, mais dont l’utilité et l’importance ont rarement été mises au centre des décortications propres à nos réflexions communes.

    Le point en question réside dans l’incohérence à la fois intellectuelle, morale et psychologique présidant à toute défense insincère de plagiat,

    Une fois leurs méfaits mis à jours, nombre de plagiaires prétendent que, durant le travail de recherche préalable à la rédaction, ils auraient pris en notes des pans entiers de textes écrits par d’autres, avant que de les intégrer tout naturellement à leur rédaction propre, croyant avoir affaire, dans un oubli sincère, à leur prose personnelle.

    À cet argument de « l’amnésie », j’aimerais opposer trois points qui me semblent relever à la fois de la fantaisie méthodologique et de l’invraisemblance psychologique:

    1) Tout d’abord, s’il est tout à fait naturel, pour un chercheur ou un écrivain en général, de recopier des extraits de textes – parfois en vrac – dans l’idée d’en faire des citations, il me semble en revanche rarissime de recopier des dizaines de pages continues, à moins, précisément, que l’on pense en faire un usage malhonnête. Pourquoi?

    a) Tout d’abord, parce que l’activité de scribe servile étant à la fois pénible et peu gratifiante, il n’est aucune raison, pour un chercheur, de passer des heures et des heures à recopier des chapitres entiers dont il ne pense faire qu’un usage parcellaire. Quelques passages-clefs utiles à son labeur oui, des dizaines de pages en bloc, destinées à dormir dans ses tiroirs, non!

    b) Ensuite, parce que la seule raison qui pourrait justifier une aussi copieuse retranscription résiderait dans l’indisponibilité chronique d’une œuvre – tant en bibliothèque qu’en librairie – dont il faudrait à tout prix conserver les passages importants, et ce sans avoir permission d’en effectuer des photocopies.

    À ma connaissance, un tel cas de figure ne se présente qu’en paléographie ou en philologie, et concerne plutôt les manuscrits ou les artefacts anciens que les Institutions détentrices ne mettent à disposition des chercheurs que pour des périodes excessivement limitées. Dans ces cas – qui, si mes souvenirs sont bons, ne concernent aucune des affaires que vous traitez ici même -, les chercheurs ont pour habitude de prendre des photographies des documents en question, la recopie étant souvent impraticable pour différentes raisons matérielles (manque de temps, manque de place, nécessité d’un lent décryptage et cetera…).

    Pour cette première raison et à moins de circonstances très exceptionnelles, l’argument invoqué par nombre de plagiaires me semble s’annuler de lui-même: j’imagine mal pourquoi un auteur – et qui plus est un auteur à l’emploi du temps déjà serré – passerait des heures et des heures à recopier entièrement des textes mis à disposition de manière durable et dont il entendrait par ailleurs faire un usage partiel, par le biais de citations ponctuelles ou, a fortiori, de simples références.

    2) En outre, l’argument avancé par les plagiaires impliquerait qu’il leur serait impossible de faire la différence entre le(s) style(s) – qu’il soit rocailleux, imagé, lapidaire, abscons, fluide, bancal, fleuri et j’en passe – propre(s)s à d’autres auteurs et le leur même. Si je peux imaginer qu’à quelques mois d’intervalle, l’on ne reconnaisse pas nécessairement certains passages de sa prose, extirpés de leur contexte, je peine en revanche à imaginer comment, dans un délai raisonnable, l’on pourrait prendre pour siens une syntaxe, un vocabulaire, une métrique, des tournures et, in fine, un style émanant d’autrui.

    C’est là ignorer qu’élégant ou laborieux, tout scripteur possède son empreinte littéraire propre, aussi originale que le sont les taches sur la robe d’un léopard.

    3) Enfin et surtout, dans une forme d’aveu subtilement involontaire, l’argument me paraît trahir la méconnaissance du plagiaire quant au rapport, nécessairement intime, reliant l’auteur à la création de son ouvrage.

    a) Toute personne ayant déjà rédigé ne serait-ce qu’un article de quelques paragraphes sait que chaque rédaction est entourée d’un halo de petits évènements connus de lui seul qui, les années passant, lui permettent de resituer son texte dans l’espace et dans le temps aussi sûrement que son contenu même.

    Au hasard, Balthasar: le temps et le lieu de la rédaction, la refonte du texte, partielle ou totale, intervenue à un moment ou à un autre du processus d’écriture, l’état mental présidant à l’entreprise (stress, fatigue, jubilation, colère, auto-satisfaction et cetera…), les recherches effectuées en parallèle de la rédaction et l’ensemble des données apprises à cette occasion, les discussions, professionnelles ou non, engendrées par le texte en marge de sa construction, les demandes de corrections émanant de parts et d’autres avec plus ou moins de courtoisie, les évènements personnels survenus en arrière-fond et j’en passe.

    b) De manière plus prosaïque encore, toute rédaction, surtout lorsqu’elle se déroule sur plusieurs mois ou plusieurs années, s’accompagne d’un amoncellement de détails pratiques dont beaucoup restent gravés dans la mémoire du concepteur. Il s’agit de tel livre qu’il aura fallu dénicher dans les tréfonds obscurs d’une bibliothèque jusqu’alors inconnue au bataillon, de tel problème d’ordinateur, de santé ou de logement qui auront ralenti la rédaction à tel état de son avancement, de telle littérature secondaire découverte en cours de route et contraignant à modifier (parfois substantiellement) le point de vue initialement adopté, de tel colloque, séminaire ou simple discussion amenant à reconsidérer le style ou la construction d’un argument, et cetera… Tous ces petits évènements, invisibles aux yeux du monde, marquent la conception et l’écriture d’un texte tout en permettant à son auteur de le resituer chronologiquement et matériellement au sein d’une période d’élaboration parfois distendue.

    Pour ces raisons-là, il me paraît psychiquement impossible de prendre un texte recopié mot à mot pour une œuvre personnelle, alors même que l’absence de souvenirs – à la fois scientifiques et matériels – devrait a minima susciter la suspicion du scripteur.

    Si je prends le temps de développer ces points que tous vos lecteurs connaissent ou devinent aisément, c’est parce que je suis toujours étonnée, pour ne pas dire stupéfaite, de la propension des autorités universitaires à avaler des explications dont l’incohérence et l’absence de bon sens ne font pas honneur à la science qu’elles entendent représenter.

    Si, dans un premier temps au moins, l’on peut faire crédit à certains plagiaires des explications délivrées sous le feu des questions, il est des justifications qui, à l’instar de l’amnésie scientifique, me paraissent en tous les cas indéfendables.

    En vous priant d’excuser la longueur invraisemblable du présent message…

     

    Yasmina Khayour